La conférence annuelle sur l'Intelligence économique a été organisée le 29 mai dernier par les Echos. L'occasion d'observer grandeur nature, l'évolution d'un concept parfois l'objet de polémiques et qui s'apparente, en ces temps troubles, de plus en plus à une gestion des risques pour les entreprises présentes.Lors de la séance d'ouverture, Olivier Buquen, Délégué interministériel chargé de l'intelligence économique, a référencé cinq actions clés :
- Renforcer la protection des informations stratégiques pour les entreprises et en particulier celles étant liées à l'innovation notamment par des actions en interne. Olivier Buquen a en particulier insisté sur l'arsenal juridique avec des sanctions en droit français s'inspirant du Code Act américain de 1996.
- Elaborer une grille d'évaluation qui permette de mesurer le degré de protection des entreprises.
- Participer activement aux organismes d'Etats qui soutiennent les grandes entreprises.
- Elaborer un guide pratique destiné aux organismes de recherche publique afin de protéger la recherche et la valoriser.
- Mieux faire connaître l'Intelligence économique et aboutir à ce que l'ensemble des diplômés du supérieur français ait suivi un module de formation dans ce domaine.
Selon la DCRI qui recense les menaces depuis quatre ans, la plupart des filières serait touchée (194) et les auteurs de telles "agressions" auraient des origines variées (90 pays).
Fait plus inquiétant : 50% des infractions seraient commises sans infraction pénale et les plus fréquentes concerneraient les risques financiers (pour 33% avec en particulier des acquisitions non désirées). Les "intrusions consenties" figurent aussi parmi les menaces majeures avec en particulier les visites de délégations étrangères ou les stagiaires. Les cyberattaques (10%) ou encore les atteintes à l'image seraient plus marginales.
La première conférence sur le rôle de l'IE en entreprises a été l'occasion de confronter les points de vue de divers intervenants.
- Luc Doublet, PDG de Doublet SA, a une démarche atypique de la gestion de l'information et considère qu'il est essentiel de ne garder aucune information secrète et de "noyer" l'information stratégique dans un flux de contenus qui contient également de fausses informations. Un tiers malveillant aura alors des difficultés pour repérer et interpréter les informations valides.
- Michel Mollard, membre du directoire d'Euler Hermes, a précisé que son groupe investit 100 millions d'euro par an dans le recueil d'informations dans le monde. Cette collecte d'informations qui est au coeur du métier de l'entreprise se fait en plusieurs étapes. Michel Mollard a insisté sur le croisement des informations en particulier en prenant en compte les paramètres locaux, sectoriels et macroéconomiques. Il est également essentiel pour son groupe que le recueil de l'information soit séparé de sa dimension décisionnelle afin que l'information reste la plus "pure" possible et d'éviter les conflits d'intérêts. Enfin la confidentialité est fondamentale dans la gestion de l'information et son groupe a pu discrètement se désengager de ses relations avec Enron grâce à une notation interne non publique.
- Jean-Michel Salvadori, directeur de l'intelligence économique chez Total, a précisé que son groupe avait intégré l'IE depuis deux ans dans un cadre fortement stratégique. Ce service d'une dizaine de personnes ne comprend pas de professionnels de l'IE mais des cadres du groupe qui ont une bonne connaissance sectorielle et qui sont détachés en général pour trois ans. Le département n'est pas impliqué dans des activités de veille, de prospective ou de lobbying gérées par d'autres services mais se concentre sur des informations "contraires" qui doivent aider à l'anticipation , être un soutien à la décision et créer un avantage concurrentiel grâce à une meilleure compréhension de l'environnement. Le service IE de Total s'intéresse à des acteurs variés (ONG, media, concurrents...) sur une échelle globale. L'objectif de l'IE est aussi de participer à une "culture du doute" qui doit permettre de confronter des avis variés sur les risques présents ou potentiels pour le groupe.
- Philippe Trouchaud, associé pour PriceWaterhouseCoopers, a dressé un tableau assez sombre de la gestion de l'information en entreprises. Selon une étude récente réalisée par PWC auprès de 470 entreprises : 42% des entreprises françaises auraient une définition stratégique des données et 15% les valoriseraient. D'autre part seulement 20% des entreprises qui ont un pôle IE, diffuseraient ces informations à leurs employés alors que selon Trouchaud il importe d'associer un maximum d'acteurs en interne sur de tels enjeux et en particulier les clients souvent en possession des informations les plus critiques. La plupart des intervenants ont insisté sur le rôle décisif que le dirigeant doit avoir dans la prise en compte de l'IE et de sa bonne intégration.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire