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lundi 24 mai 2010

Le juste prix ... des mots et du vide

L'artiste et enseignant Christophe Bruno propose une réflexion critique sur les phénomènes de réseau et de globalisation dans les champs de l'image et du langage. Il a ainsi été primé au célébre festival Ars Electronica en 2003 pour le Google Adwords Happening une performance globale sur le capitalisme sémantique. Ce happening repose sur le fait que désormais "chaque mot de chaque langue a désormais un prix qui fluctue suivant les lois du marché". Comme le détaille un article dans une revue de l'École Nationale Supérieure d’Art de Nancy : les mots "poétiques"diffusés par Bruno et qui remplacent les habituels messages publicitaires ciblés de Google, les Adwords, se révélent insuffisamment performants en terme de taux de clics. Bruno a alors pu constater que ces mots deviennent alors "censurés" par le robot de surveillance du dispositif sous prétexte qu'ils mettraient en péril la dynamique économique globale de Google. Dans la suite de l'article, Christophe Bruno démontre également que contrairement à une opinion répandue, Internet et les diverses formes de réseaux sociaux ne s'orientent pas sur une forme idéale démocratique mais au contraire sur une logique aristocratique. Il appuie ses conclusions sur les travaux du mathématicien Albert-László Barabási vulgarisés dans son ouvrage Linked: How Everything Is Connected to Everything Else and What It Means. Enfin Christophe Bruno considère que le succès de Google sur des industries plus traditionnelles provient du fait que ce qui est stratégique sur Internet c'est "d'utiliser le réseau de l'économie de l'attention afin de s'emparer des espaces laissés vacants, des interstices divers, de créer des places vides pour les valoriser et les entretenir en tant que places vides.(...) Plus l'espace vide est proche d'un "hub" important du réseau de l'économie de l'attention, plus sa valeur sera grande." Le succès de Google proviendrait de sa "position sur le marché du langage" et à exploiter cette "Friche du vide". Nous serions donc dans une nouvelle conception de gestion du risque, où le succès d'une stratégie industrielle et commerciale serait intimement lié à la manière de gérer les espaces vides du réseau Internet et où les espaces "pleins" des réseaux réels (exemples : boutiques de luxe) se trouveraient fragilisés par cette nouvelle forme de concurrence à l'efficacité redoutable.

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