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mercredi 5 mai 2010

Etude EIRIS : entreprises et corruption

Selon une étude internationale du cabinet EIRIS du 20 avril 2010, les entreprises françaises ne font pas assez d'efforts pour lutter contre la corruption. Selon ce rapport, certaines des plus importantes entreprises françaises n'ont pas de politique de lutte contre la corruption et aucune ne communique efficacement sur le sujet. Bien que la France soit signataire de la convention de l'OCDE de 1997 sur la lutte contre la corruption, selon laquelle les 38 pays signataires actuels se sont engagés à réglementer et rendre illégale la corruption des fonctionnaires étrangers, l'étude EIRIS —l'agence européenne de recherche spécialisée pour l'investissement responsable — montre que la plupart des entreprises françaises n'ont pas les ressources nécessaires pour lutter contre la corruption. Cette étude analyse les entreprises de l'indice "FTSE All World Developed" (mesure de la transparence, de la performance et de la responsabilité sociétale) qui ont des activités dans les secteurs et régions identifiés comme ayant le risque le plus sérieux concernant la corruption.
74%des entreprises françaises n'ont pas de politique de lutte contre la corruption.
L'étude montre que 74 % des entreprises françaises n'ont pas de politique de lutte contre la corruption, 88 % n'ont pas de système de management adéquate pour y faire face et aucune ne communique de manière appropriée sur le sujet. Les récentes accusions de corruption impliquant des entreprises importantes au Royaume-Uni (BAE Systems) et en Allemagne (Daimler et Siemens) indiquent que les entreprises partout dans le monde négligent cet enjeu, en particulier celles impliquées dans des activités à haut risque. Selon l'étude EIRIS, "parmi les 625 sociétés analysées, 85 % n'ont pas de politique de lutte contre la corruption adéquate et 94 % n'ont pas de système de management approprié pour y faire face. La transparence et l'ouverture des entreprises sur ce sujet sont médiocres avec seulement 1 % des entreprises ayant un reporting adéquat sur le sujet." Le rapport montre notamment la dimension internationale de ce phénomène. Environ un tiers des 2 000 sociétés du "FTSE All World Developed Index" sont fortement exposées aux risques de corruption mais seulement une entreprise, Terna (Italie), a été évaluée par EIRIS comme étant avancée dans son approche pour lutter contre la corruption – grâce à sa politique sophistiquée de lutte contre la corruption et à sa grande transparence. D'une manière générale, le risque de corruption augmenterait pour la grande majorité des entreprises. L'étude effectue également une analyse sectorielle : les sociétés des secteurs fortement risqués comme l'extraction minière, l'électricité, l'eau, matériel et équipement informatique sont davantage conscientes des risques auxquels elles sont confrontées et anticipent davantage les risques que celles qui sont moins exposées. Dans cette étude, il ressort aussi que le secteur immobilier est le secteur à haut risque ayant le plus besoin de s'améliorer sur cet enjeu avec seulement 6% des entreprises ayant reçu une note intermédiaire, et que les entreprises des pays ayant une réglementation spécifique concernant la lutte contre la corruption et des exigences de la part des autorités de marché ont une meilleure performance que celles basées dans des pays n'en ayant pas tels que Hong Kong et Singapour où presque la moitié des entreprises (49 %) n'ont mis en place aucune démarche pour lutter contre la corruption. L'auteur de l'étude EIRIS précise : "Les entreprises qui ne luttent pas suffisamment contre la corruption représentent des risques importants pour les investisseurs ; elles s'exposent à des risques d'amendes illimitées, de mauvaises réputations, de limites d'accès aux marchés et à des difficultés pour lever des capitaux.""Il paraît évident que les entreprises françaises ont besoin d'une nouvelle approche concernant la lutte contre la corruption pour éviter les risques significatifs liés à une mauvaise performance sur le sujet", ajoute- t-il. Robert Barrington, Director of External Affairs à Transparency International UK, observe que "le risque de corruption augmente pour presque toutes les entreprises, et donc leurs investisseurs. A travers le monde, le cadre législatif se durcit et les efforts pour le faire appliquer se développent. La globalisation des échanges et des marchés a davantage mis en évidence les milieux de corruption mais la plupart des sociétés sont mal préparées pour faire face à cet enjeu». Le rapport n'aborde pas spécifiquement le cas des entreprises issues de l'économie numérique ou des industries créatives.

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