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samedi 1 mai 2010

Retour sur les tribulations de Google en Chine



Un récent article du New York Times sur le récent retrait de Google de Chine suite à un cas de piratage fait le point sur cette affaire depuis disparue de la plupart des media. Comme l'explique le sociologue François-Bernard Huyghe sur son site :"l'affaire était dès le départ passablement embrouillée : Google, lorsqu'il se référait aux "attaques informatiques" subies depuis la Chine en décembre 2009, parlait à la fois de tentatives d'intrusion dans les systèmes d'importantes sociétés et de pénétration dans les comptes de particuliers (dont de supposés partisans des droits de l'homme). Le tout recouvrant une troisième réalité : à savoir le fait que les demandes des internautes chinois au premier moteur de recherche du monde étaient filtrées à la demande des autorités." En fait Google ne s'est pas totalement retiré de la Chine et s'est replié sur Hong Kong : les requêtes faites à son moteur de recherche sont donc détournées vers l'ancienne colonie britannique. C'est le moteur de recherche chinois Baidu qui aurait profité en Chine continentale de ce repli stratégique. La stratégie anti-censure mise en avant par Google n'a pas, comme le remarque François-Bernard Huyghe, été suivie de mesures concrètes de la part d'autres entreprises ou du gouvernement américain : "Au moment où s'ouvre l'exposition universelle de Shanghaï, superbe opération de diplomatie publique, on n'entend plus guère parler du fabuleux facteur d'ouverture que serait la présence de millions d'étrangers, dotés de téléphones et d'accès à Internet, comme cela se disait avant les Jeux Olympiques de Pékin. Et après le discours d'Hillary Clinton plaçant la liberté de naviguer sur Internet au nombre de principales libertés que les USA devaient défendre, les gouvernants qui font le voyage de Chine reprennent pour le moins discrètement le thème de la fin de la censure." Selon le New York Times qui cite une personne ayant une connaissance directe de l'enquête, "l'attaque portait en réalité sur un système de mots de passe, surnommé Gaïa qui contrôle l'accès de millions d'internautes à travers le monde à plusieurs services de Google (y compris des services d'affaires et, accessoirement, des comptes e-mail). Les pirates, qui semblent avoir ciblé des développeurs de Google, auraient eu accès aux codes sources du programme en Californie. Google s'est contenté de déclarer qu'il renforçait la sécurité de Gaïa, sans que personne puisse établir définitivement le degré de gravité du dommage subi ni surtout du dommage futur." Les pessimistes décrivent les intrus comme désormais capables de percer les secrets de fabrication de Google et surtout ses failles de sécurité. La conclusion de Huyghe apparaît plutôt convaincante : "Au-delà du débat technique, qui concerne seulement quelques experts, il semble de plus en plus évident que nous soyons en face d'une gigantesque affaire d'espionnage industriel recouverte par les brumes d'une phraséologie morale."

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