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mercredi 18 août 2010

LTU technologies : une image plus sûre

LTU Technologies est une entreprise spécialisée dans le traitement d'images fondée en 1999 par des chercheurs notamment issus du MIT Media Lab et d'Oxford. Jusqu'ici rien de bien original même si le cas de chercheurs en télécom qui franchissent le pas de l'entrepreunariat reste assez marginal. Mais les activités de traitement d'images de cette société sont pour le moins atypiques : grâce à son savoir-faire en matière de logiciels, LTU peut capturer "l'ADN des images" sur Internet pour crawler le Web à la recherche de visuels ciblés à caractère "sensibles". Les applications d'une telle technologie sont variées et intéressent en particulier de nombreux domaines liés à la sécurité : de la pédophilie à la recherche d'objets volés. Parmi les clients principaux de la société figurent donc le FBI, les douanes américaines, la gendarmerie nationale ou encore l'OCBC, une structure de la police judiciaire spécialisée dans le vol d'objets d'arts. Mais le savoir-faire de la société, basée à Paris et New York, a aussi des applications dans la protection des droits de propriété intellectuelle en particulier dans le secteur de la photographie. En effet les agences photos ont vu leur marché fragilisé avec l'émergence d'Internet qui a complexifié une gestion efficace des droits en question. LTU propose donc un système de respect de paiement de droits de photos nommé Pixtrakk en partenariat avec TNS Media Intelligence qui surveille plus de 2500 publications. Autre application innovante : eMARKS, un projet sponsorisé par la Commission Européenne, qui permet de protéger marques, dessins et modèles industriels quand ils ont été déposés dans différents offices de propriété intellectuelle. Alexandre Winter, co-fondateur de la société reste donc optimiste sur les perspectives de croissance et sur les déclinaisons potentielles du savoir-faire de LTU. Ce patron au style direct et chaleureux, n'a donc rien perdu de son goût de la découverte initié dans sa prime jeunesse avec un Commodore 64 puis dans les laboratoires de Télécom Paris et de l'INRIA. Il voit enfin dans l'Asie un axe de développement potentiel d'autant que sa société a été reprise par un groupe japonais important en 2005.

mardi 17 août 2010

La Beauté et l'Enfer vus par Saviano

Auteur du célèbre livre Gomorra où il brisait l'omerta napolitaine, Roberto Saviano nous propose dans son dernier ouvrage une nouvelle vision de ses dénonciations des systèmes mafieux. Loin de se cantonner au cas italien, il s'intéresse aussi au cas français. Ainsi à l'occasion de la présentation du film inspiré de son célèbre best-seller au festival de Cannes 2008, il décrit comment "les mafias investissent dans l'hôtellerie, les établissements balnéaires, les restaurants et fournissent en coke vacanciers, touristes, et tous les festivaliers qui grouillent sur la Croisette." D'une manière plus générale, Saviano considère que :" La Camorra n'est pas morte. Son hégémonie est totale. Si l'on totalise les profits de leurs activités légales et illégales, les clans de Campanie brassent plus de dix milliards d'euros par an, un patrimoine astronomique qui se greffe sur le tissu de l'économie légale, européenne et mondiale. Au point qu'il semble absurde de parler encore de criminalité organisée. Il serait plus judicieux de définir les clans comme de véritables entreprises capables d'accéder au marché "propre", avec de très précieuses plus-values garanties par la protection militaire et par l'accès à ces marchés clandestins pérennes que sont l'usure et la drogue." Saviano insiste par ailleurs sur le rôle croissant de courtiers dont le rôle "consiste à jouer les intermédiaires et à garantir des fonds d'investissement" dans une logique financière et entrepreneuriale. De nombreux courtiers trafiquants de drogues sont devenus "un rouage essentiel" des trafics car ils ne sont pas affiliés aux clans et si les courtiers en question sont arrêtés, le cartel criminel subsistera." Inversement "si une famille "mafieuse" est démantelée, les courtiers continueront à avoir les mêmes interlocuteurs sans autre dommage que la perte d'un client."
Comment informer les citoyens soumis à de telles menaces ? Face à la "masse énorme, incontrôlable d'informations" liée aux nouvelles technologies et Internet, Saviano considère que le rôle de l'écrivain (et du journaliste d'investigation) est plus que jamais stratégique car "beaucoup de choses ne sont pas racontées, non seulement parce qu'il y a une violente contrainte, mais parce qu'il est impossible, pour le public, d'accéder à ce type de récit." Enfin ce livre est aussi un témoignage sur quelques célébrités sportives ou culturelles chères à l'auteur : de Lionel Messi à Salman Rushdie en passant par le romancier William Vollmann... Ces descriptions mélancoliques et littéraires ont le mérite de démontrer que Saviano est un véritable écrivain qui ne souhaite pas être réduit au rôle de martyr placé en permanence sous protection policière... Même s'il se plaît à citer le prix Nobel Isaac Bashevis Singer pour qui "c'est par la damnation de la marge que l'on rentre au coeur de la vie."

La Beauté et l'Enfer de Roberto Saviano, Robert Laffont, 324 p., 21 euros

samedi 7 août 2010

Cartographie et influences

La cartographie est devenue un paramètre incontournable pour la plupart des directions en particulier celles impliquées dans la gestion du risque. En matière de cartographie sur Internet, la société française Linkfluence a un parcours singulier. Cette entreprise a été fondée à partir d'un collectif de chercheurs réunis désormais au sein de l'association Webatlas. Franck Ghitalla, enseignant à l'Université Technologique de Compiègne, est à l'origine de l'initiative qui consistait à rapprocher le monde de la recherche informatique et celui des sciences humaines. A l'origine du projet : mieux comprendre comment se déplacent les individus sur le Web et objectiver les territoires. En multipliant les points de vue de chercheurs issus de différents horizons (mathématiciens, statisticiens, linguistes, sociologues...) on aboutit à une forme de sémiologie graphique qui permet de mieux comprendre des phénomènes complexes. Mais face aux blocages universitaires pour développer ce projet dans un environnement de chercheurs, la société Linkfluence prend forme en 2006. L'entreprise a orienté ses activités sur des services "d'institut d'études" en segmentant le Web et en triant les informations pertinentes ainsi que sur des prestations "d'influences" auprès des prescripteurs sur Internet pour par exemple inciter à l'achat de certaines marques ou gérer au mieux des réputations d'entreprises. Avoir une stratégie d'influence efficace implique selon le cofondateur de Linkfluence Guilhem Fouetillou, "de posséder une vision claire et fine des territoires de façon à gérer les risques et les hiérarchiser". Toujours selon Fouetillou : "Les applications de nos techniques de cartographie restent nombreuses (militaire, criminalité, contrefaçon...) et la société développe donc des contacts pour concevoir d'autres prestations."
Signe encourageant sur les potentialités créatives de cette technique : l'esthétisme élégant et mystérieux de certains visuels.

vendredi 6 août 2010

Archivage et numérique

Archimag est un magazine peu connu du grand public mais qui a une solide notoriété dans le milieu des bibliothèques, des documentalistes et de l'archivage. A l'occasion du 25ème de ce magazine professionnel, Michel Remize, rédacteur en chef, revient sur quelques exemples de mutations qu'il a pu observer sur son secteur. Avant toute chose il insiste sur la révolution que représente le numérique dès les années 70. A cette époque les centres de documentation ont déjà été confrontés à un risque économique majeur avec l'émergence des nouvelles technologies de l'information. Les documentalistes se sont alors réorientés peu à peu sur de nouvelles activités en particulier de veille au début des années 2000 mais les entreprises ont mis du temps à les percevoir dans ces nouvelles fonctions. Les nombreux départs en retraite il y a une dizaine d'années qui ont représenté un risque pour l'évasion du savoir ont alors obligé de nombreuses entreprises à s'adapter : le knowledge management a vu alors son importance augmenter. Cela dit la dématérialisation de l'archivage présente aussi de nouveaux types de risques car même l'hébergement sur un serveur a une durée limitée et la migration de données pour des sauvegardes n'est pas fiable à 100%. Pour externaliser ce risque les entreprises ont fait appel de manière croissante à des sociétés d'archivage dédiées à ces tâches sensibles.
En ce qui concerne les bibliothèques, le numérique implique des défis majeurs non seulement en termes d'archivage mais également sur le plan des services voir du concept même du lieu. Michel Remize cite ainsi en référence le récent Learning Center (et non plus la bibliothèque) de l'Ecole Fédérale Polytechnique de Lausanne où les étudiants peuvent scanner à la demande (et entièrement) des documents en fonction de leurs besoins grâce à un partenaire privé. Le numérique peut donc aussi aider à trouver des modèles pour des nouveaux usages dans la gestion de l'information malgré les nouveaux risques qu'il fait aussi émerger.

Colloque Catastrophes et risques

Le CERI de Sciences Po a organisé les 17 et 18 juin, le colloque "Catastrophes et risques : de l'empirique à la critique" en collaboration avec l'EHESS, ainsi que le concours du GDR "Crises extrêmes" du CNRS, de l'Association pour la Recherche sur les Catastrophes et les Risques en Anthropologie et du Ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer.
Parmi les nombreux intervenants on peut relever les propos d'Anne-Marie Granet-Abisset, de l'université Grenoble 2, qui a insisté sur le rôle croissant des émotions dans les décisions des gouvernements confrontés aux risques majeurs d'où des choix parfois à l'emporte-pièce des décideurs politiques. Thierry Coanus, du laboratoire RIVES, a aussi précisé l'importance du local dans la gestion des crises qui est souvent négligé dans la plupart des analyses et qui tend à vulnérabiliser les systèmes de gestion de crises. Pour Françoise Zonabend de l'EHESS, l'anthropologie devrait aider les décideurs à mieux contextualiser la complexité des enjeux dans la gestion des crises notamment en prenant en compte les aspects socioculturels des interviewés et des lieux d'observation.

jeudi 5 août 2010

Forum Moci Intelligence des Marchés - Risques et Opportunités à l'International

Le Moci a organisé le 28 juin la première édition du Forum Moci Intelligence des Marchés - Risques et Opportunités à l'International, au Conseil économique, social et environnemental. Le programme comprenait une conférence plénière et des ateliers de travail sur les opportunités et les risques du développement international. La conférence qui abordait le thème des "marchés porteurs" a livré plusieurs témoignages d’experts et de chefs d’entreprises. Selon Donald Brasher, Président de Global Trade Information Services, Inc. (GTIS), et créateur de la base de données Global Trade Atlas (GTA) réunissant des statistiques douanières de 83 pays, les statistiques peuvent révéler de nombreuses surprises. Brasher a choisi comme exemple de démonstration les exportations françaises d’eau-de-vie (du cognac à 90 %) de 2004 à 2010 et constate que les premiers acheteurs sont les États-Unis, suivis de la Chine et de Singapour. Mais, si l’on exclut les réexportations, le troisième pays acheteur n’est plus Singapour, mais… le Vietnam. « Deux enseignements : le Vietnam est un marché très prometteur pour le cognac français et Hong Kong ou Singapour sont des plateformes de réexportation intéressantes. » « Dans dix ans, le Vietnam sera le Japon et la Chine les prochains États-Unis », a conclu Donald Brasher. Selon Thierry Apotheker, directeur du cabinet de recherche économique TAC, 10 marchés seront incontournables pour les exportateurs français en 2010-2011 : la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Corée du Sud, le Vietnam, le Brésil, le Mexique, l’Arabie Saoudite et la Pologne. Il souligne également l’importance croissante de marchés prometteurs, mais d’accès plus difficile en raison d’un coût du risque plus élevé : la Turquie, la Russie, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, Taïwan, le Qatar, les Émirats Arabes Unis, la République tchèque et la Thaïlande.» Autre facteur à risques dans la stratégie internationale : le choix du partenaire. Redex, une entreprise de taille intermédiaire spécialisée dans les machines de précision destinées à la métallurgie et la sidérurgie, est ainsi allée au Japon grâce à l’Italie, via son réseau de partenaires industriels et commerciaux. « Nous n’avions pas prévu d’aller sur le marché japonais que nous jugions trop fermé, précise son président, Bruno Grandjean. Et puis, il y a trois ans, une société d’importation japonaise a pris contact avec nous. Elle importait des machines-outils italiennes fabriquées par une entreprise qui fait partie de notre réseau. »
Exporter c’est néanmoins s’exposer au risque de la contrefaçon. Risque auquel Bruno Grandjean se dit préparé : « Nous déposons des brevets quand ils concernent des savoir-faire visibles. Quand ils sont cachés, indétectables sur les machines, nous ne le faisons pas. » Selon Bruno Grandjean être présent dans le pays est la meilleure défense anticontrefaçon mais dans certains cas il est préférable de renoncer. Florence Cane, directrice générale du groupe Yannick Alléno, entreprise qui exporte des concepts culinaires, confirme cette prudence : « Nous ne sommes pas présents en Chine, comme la majorité des cuisiniers français, car les Chinois n’ont pas la culture du respect des marques et nous risquons de nous faire voler des concepts. Nous ne sommes pas non plus sur le marché indien non parce que nous craignons la contrefaçon, mais pour des raisons culturelles : les Indiens ne mangent qu’indien. » Une occasion de rappeler l’importance de l’aspect culturel dans une stratégie export.

mercredi 4 août 2010

Forum Moci Intelligence des Marchés - Risques et Opportunités à l'International (suite)

L'atelier "Protéger ses actifs stratégiques" organisé lors de ce Forum a été l'occasion de présenter quelques expériences concrètes d'acteurs impliqués sur ces enjeux. Selon Olivier Darrason, Président de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS) "sécuriser l'information stratégique devient un défi majeur pour les entreprises françaises qui doivent aller chercher la croissance là où elle existe alors même que le risque international est en pleine expansion." La solution ? "On peut s’associer à un tiers de confiance, à savoir un partenaire qui puisse assumer un certain nombre de risques", suggère Olivier Darrason. Ce concept a débouché sur la création, à Astana, du Centre franco-kazakhstanais pour le transfert de technologies (détenu à 49 % par la CEIS et 51 % par son partenaire local) afin de sécuriser les transferts des entreprises françaises sur le marché kazakh "dans une logique transactionnelle avec des cibles qui correspondent aux cibles stratégiques des deux États." Louis Caprioli, directeur du pôle sécurisation du développement international de Geos, précise : "Il est essentiel d 'avoir une bonne information locale en France mais aussi de faire remonter en amont des informations pertinentes du réseau car si on n’a pas maîtrisé l’ensemble des informations, c’est toute la stratégie à l’international qui peut s’écrouler. Il est donc important de développer en permanence des outils d'intelligence économique d'autant que nous sommes aujourd'hui confrontés à des risques variés : géopolitiques, criminels, terroristes ou sociaux." Louis Caprioli insiste aussi sur l'importance des audits et en particulier sur la cartographie des risques mais dans le cadre d'une veille sécuritaire il précise que le facteur humain doit rester au coeur des analyses. Franck Tognini, directeur du réseau Vigilances, a lui insisté sur les salons comme sources privilégiées d'informations après la presse et Internet. Selon Franck Tognini : "si les deux tiers des PME sont sensibilisés au risque, seulement 15 % d'entre elles dressent la liste des informations à divulguer ou non.(...) La solution passe par une participation concertée qui englobe la collecte d’informations et la protection réciproque de leurs informations stratégiques." Il cite ainsi l’exemple du Conseil général de Charente-Maritime qui a réussi à convaincre un groupe d’entreprises exportatrices concurrentes à l’origine de coopérer « autour de ce qu’elles avaient en commun ». Résultat : leur nombre est passé de 11 à 22 entre 2007 et 2009, le groupe a produit un visuel commun et a généré un chiffre d’affaires supérieur de 10 et 15 %. Cette mutualisation des risques ne doit pas faire l'impasse sur des précautions de "bon sens" lors des salons avec en particulier une gestion prudente des stagiaires et l'importance de voyager "léger" lors de ses déplacements professionnels ainsi que de disposer de PC spécifiques sur les stands. En résumé une culture de la sécurité doit se diffuser à tous les échelons de l'entreprise et il est nécessaire de hiérarchiser les risques en amont avec une réflexion collective.

Pour l'amour du risque

Les Echos conférences ont organisé début juillet en partenariat avec l'association AMRAE, une journée de débats sur les risques. Thème de la conférence : "La Gestion Globale des Risques. Gouvernance, risques et compliance : quelles nouvelles responsabilités ?". Ces présentations ont été l'occasion de porter un regard neuf sur l'actualité de la gestion des risques notamment suite à la crise financière et économique de 2008. Parmi les nombreuses interventions on peut retenir quelques points clés :

--> Selon Xavier Maitrier, Associé chez PricewaterhouseCoopers, il est important d'améliorer la prise en compte formelle entre les risques et les dispositifs supposés les maîtriser car "si on connaît souvent le porteur de risques, on connait rarement la façon dont chaque risque émerge et son adéquation avec les systèmes de contrôle." Par conséquent la Direction générale ne dispose pas toujours d'une vision synthétique des systèmes de contrôle des risques notamment avec la mise en place d'alertes qui permettraient de faire remonter du terrain les informations sur les incidents les plus significatifs. Ce point de vue a été d'une certaine manière confirmé par Bénédicte de Luze, directrice scientifique de l'AMRAE, pour qui le comité d'audit reste le cadre de référence pour diffuser dans l'ensemble de l'entreprise un dispositif dynamique de la gestion des risques. Elle considère également "créer et préserver la valeur, les actifs et la réputation des entreprises" et "mobiliser les collaborateurs pour transformer les risques en opportunités" comme des objectifs stratégiques.

--> Dominique Pageaud, Responsable du département « Business Risk Services » Ernst & Young, a lui insisté sur trois éléments clés pour la prise en compte du risque : l'état d'esprit des actionnaires qui doivent être sensibilisés aux enjeux du risque, la maturité des pratiques en entreprises et le niveau de complexité des organisations. Pagaud cite aussi les résultats d'une étude conduite par l'AMRAE auprès de 356 sondés qui a permis de dégager une typologie des familles principales du risk management. Selon cette étude plus d'un quart des sondés ont une approche de la gestion des risques problématiques. En effet 18% sont qualifiés "d'urgentistes" et 8% "d'insouciants". En termes de bonnes pratiques, Dominique Pageaud a donc insisté sur la nécessité "de construire des scénarios de survenance et d'enchaînement autour des principaux risques stratégiques" et sur l'importance "de pousser les dirigeants à s'interroger sur la notion de risk appetite et de s'assurer de leur réflexion sur ce point. Sur le plan de la prise de décision, Pageaud a mis en avant les enjeux de "la cartographie des risques qui doit être finalisée avant le lancement du processus budgétaire, l'implication des opérationnels dans les facteurs de risques et l'insertion du facteur risque dans les dossiers d'investissement."Frédéric Desitter, Responsable du département management des risques et préventions Aéroports de Paris, a confirmé la dimension stratégique de la gestion des risques sur le plan opérationnel en "responsabilisant et impliquant les acteurs concernés avec une démarche marketing. (...) Mais en allant au-delà d'un processus administratif et en restant pragmatique mais aussi créatif et visionnaire tout en évitant les effets de mode sur le concept de risque."

mardi 3 août 2010

Pour l'amour du risque (suite)

Durant la suite des débats :

--> Nadia Cote, Directeur grands comptes et international ACE Europe, a insisté sur la dimension immatérielle d'un nombre croissant de risques (réputation, règlements...) liés au contexte économique et financier (la crise des subprimes aurait participé à cette tendance).

--> Pierre Rodocanachi, membre du Conseil de surveillance de Vivendi, a lui insisté sur une perception positive des risques qui doivent aussi se concevoir en termes d'opportunités. Le groupe Vivendi a par ailleurs créé un Comité des risques rattaché au Directoire depuis 2007 qui comprend la Direction financière, la Direction de l'audit interne et la Direction juridique. Pierre Rodocanachi a énuméré l'ensemble des risques auxquels son groupe est confronté : risques juridiques car les activités de Vivendi par exemple dans le secteur des télécommunications sont sensibles aux changements de règlementations, risques liés aux litiges, risques liés aux activités du groupe (ex. la contrefaçon, l'évolution rapide de la concurrence et de la technologie), risques de fraudes, risques liés à la santé (ex. les antennes relais), risques liés à la conjoncture économique et financière... Enfin la présence de Vivendi dans plus de 80 pays implique une gestion des risques en relation avec la situation économique, politique et juridique des pays, de même que la gestion des 40 monnaies du groupe implique une prise en compte de la gestion des risques de taux de change. Face à cette multitude de risques à évaluer, le Comité des risques de Vivendi se réunit quatre fois par an et présente à cette occasion ses travaux au Comité d'audit qui les transmet à son tour au Conseil de surveillance. Mais selon Pierre Rodocanachi, il est important que le management soit aussi incité à prendre des risques. Dans cette perspective, des objectifs précis sont donc fixés à chaque manager avec des bonus, actions et stock-options qui peuvent récompenser les plus performants. Cette démarche dynamique de la gestion des risques est aussi illustrée par l'importance des acquisitions du groupe chaque année. Cela dit Rodocanachi, par ailleurs ancien chercheur au CNRS reconverti dans les affaires, vient nuancer la capacité du Due Diligence à anticiper toutes formes de risques. Les erreurs de choix stratégiques (par exemple le non rachat des PagesJaunes par Vivendi) doivent donc faire l'objet d'un retour sur expérience pour mieux évaluer les mauvaises évaluations en question.

--> De nombreux intervenants ont insisté sur l'importance des cartographies des risques à la fois comme outil pédagogique mais aussi comme vecteur de communication. Cela dit ces méthodes de cartographie présentent aussi leurs limites et ne peuvent en aucun cas se substituer à une politique générale de gestion des risques. L'importance d'une vision indépendante des risques aussi neutre que possible a été relevé ainsi que la nécessité d'impliquer tous les relais de l'entreprise pour "remonter des informations sensibles" et d'avoir une démarche créative.

Au terme de cette journée-conférence des idées stimulantes ont été émises par certains orateurs. Malgré le sérieux incontournable du concept de risque, on aurait pu  espérer qu'un brin de fantaisie vienne parfois animer l'atmosphère... Pour l'amour du risque ?

dimanche 1 août 2010

Enjeux et risques de l'immatériel

Professeur à l'école des Mines de Paris et spécialiste en économie numérique, Olivier Bomsel signe dans la lignée de son ouvrage Gratuit !, un nouvel opus de ses analyses sur les mutations industrielles liées à Internet.
Dans ce livre dense, mais d'une lecture parfois difficile, cet économiste apporte une compréhension pertinente des enjeux complexes liés à l'économie immatérielle en particulier dans les industries créatives.
Avant toute chose, Bomsel précise que l'immatériel inquiéte... ce qui ne manque pas de créer une difficulté de départ dans la perception voire l'évaluation des risques dématérialisés. Selon l'économiste c'est l'expérience du bien, et non le bien lui même, qui se trouve au coeur de la consommation sur ce nouveau territoire. Sur ces marchés d'"expériences", ce sont les mots, les sons et les images dans une écriture dématérialisée qui structurent les prix. Ce qui sur le plan des risques implique donc pour les entreprises de focaliser la distribution de leurs produits sur les trois paramètres en question et de prendre en compte l'importance de l'accessibilité sur Internet. Selon Bomsel la nouveauté économique de l'immatériel réside "dans le fait d'établir une concurrence farouche entre fournisseurs de biens et services complémentaires pour la capture des effets de réseau induits par l'ensemble du système". Le risque serait alors lié à la maîtrise des effets de réseau en question car le numérique "multiplie les écritures et avec elles, les possibilités d'usurpation, de falsification, d'occultation, de déphasage de la preuve, bref, d'aléa dans la réalisation des contrats (...). La dématérialisation numérique fluidifie les transactions mais en accroit inévitablement les risques." D'autre part l'immatériel pose "de façon renouvelée le rapport au réel de l'industrie, autrement dit la représentation de ses lieux, de ses tâches, de ses procédés, de ses produits, de son utilité, de ses buts." Le cas de la gestion des risques de la contrefaçon et de l'impact d'Internet sur le monde réel vient confirmer ce point de vue. Autre effet d'Internet : sa capacité à créer aussi "du bruit, des distorsions, de la rumeur, toutes externalités négatives renforçant l'utilité de la labellisation." Une bonne gestion du risque consisterait alors à "reconstituer et valoriser, dans l'écriture numérique, grâce aux marques éditoriales, le protocole de collecte, d'autorisation, de mise en forme signifiante et de labellisation des faits d'actualité." Ainsi qu'à "vendre de l'expérience signifiante, incarnée ou non dans un objet", activité certes risquée, mais qui selon Bomsel peut se révéler très rentable notamment en mutualisant les risques et en prenant en compte l'importance d'une bonne signalisation sur Internet.
Enfin Bomsel considère que les outils de propriété intellectuelle demeurent des outils fondamentaux dans un tel contexte : la protection du droit d'auteur serait d'autant plus nécessaire que les marques et le droit d'auteur seraient plus menacés par la numérisation que le brevet. Olivier Bomsel tient sur ce point une vision stimulante et à contre-courant de nombreux discours libertaires liés à Internet.

L'économie immatérielle, Industries et marchés d'expériences d'Olivier Bomsel, Gallimard, 282 p., 18, 90 euros