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mardi 17 août 2010

La Beauté et l'Enfer vus par Saviano

Auteur du célèbre livre Gomorra où il brisait l'omerta napolitaine, Roberto Saviano nous propose dans son dernier ouvrage une nouvelle vision de ses dénonciations des systèmes mafieux. Loin de se cantonner au cas italien, il s'intéresse aussi au cas français. Ainsi à l'occasion de la présentation du film inspiré de son célèbre best-seller au festival de Cannes 2008, il décrit comment "les mafias investissent dans l'hôtellerie, les établissements balnéaires, les restaurants et fournissent en coke vacanciers, touristes, et tous les festivaliers qui grouillent sur la Croisette." D'une manière plus générale, Saviano considère que :" La Camorra n'est pas morte. Son hégémonie est totale. Si l'on totalise les profits de leurs activités légales et illégales, les clans de Campanie brassent plus de dix milliards d'euros par an, un patrimoine astronomique qui se greffe sur le tissu de l'économie légale, européenne et mondiale. Au point qu'il semble absurde de parler encore de criminalité organisée. Il serait plus judicieux de définir les clans comme de véritables entreprises capables d'accéder au marché "propre", avec de très précieuses plus-values garanties par la protection militaire et par l'accès à ces marchés clandestins pérennes que sont l'usure et la drogue." Saviano insiste par ailleurs sur le rôle croissant de courtiers dont le rôle "consiste à jouer les intermédiaires et à garantir des fonds d'investissement" dans une logique financière et entrepreneuriale. De nombreux courtiers trafiquants de drogues sont devenus "un rouage essentiel" des trafics car ils ne sont pas affiliés aux clans et si les courtiers en question sont arrêtés, le cartel criminel subsistera." Inversement "si une famille "mafieuse" est démantelée, les courtiers continueront à avoir les mêmes interlocuteurs sans autre dommage que la perte d'un client."
Comment informer les citoyens soumis à de telles menaces ? Face à la "masse énorme, incontrôlable d'informations" liée aux nouvelles technologies et Internet, Saviano considère que le rôle de l'écrivain (et du journaliste d'investigation) est plus que jamais stratégique car "beaucoup de choses ne sont pas racontées, non seulement parce qu'il y a une violente contrainte, mais parce qu'il est impossible, pour le public, d'accéder à ce type de récit." Enfin ce livre est aussi un témoignage sur quelques célébrités sportives ou culturelles chères à l'auteur : de Lionel Messi à Salman Rushdie en passant par le romancier William Vollmann... Ces descriptions mélancoliques et littéraires ont le mérite de démontrer que Saviano est un véritable écrivain qui ne souhaite pas être réduit au rôle de martyr placé en permanence sous protection policière... Même s'il se plaît à citer le prix Nobel Isaac Bashevis Singer pour qui "c'est par la damnation de la marge que l'on rentre au coeur de la vie."

La Beauté et l'Enfer de Roberto Saviano, Robert Laffont, 324 p., 21 euros

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