Professeur à l'école des Mines de Paris et spécialiste en économie numérique, Olivier Bomsel signe dans la lignée de son ouvrage Gratuit !, un nouvel opus de ses analyses sur les mutations industrielles liées à Internet.Dans ce livre dense, mais d'une lecture parfois difficile, cet économiste apporte une compréhension pertinente des enjeux complexes liés à l'économie immatérielle en particulier dans les industries créatives.
Avant toute chose, Bomsel précise que l'immatériel inquiéte... ce qui ne manque pas de créer une difficulté de départ dans la perception voire l'évaluation des risques dématérialisés. Selon l'économiste c'est l'expérience du bien, et non le bien lui même, qui se trouve au coeur de la consommation sur ce nouveau territoire. Sur ces marchés d'"expériences", ce sont les mots, les sons et les images dans une écriture dématérialisée qui structurent les prix. Ce qui sur le plan des risques implique donc pour les entreprises de focaliser la distribution de leurs produits sur les trois paramètres en question et de prendre en compte l'importance de l'accessibilité sur Internet. Selon Bomsel la nouveauté économique de l'immatériel réside "dans le fait d'établir une concurrence farouche entre fournisseurs de biens et services complémentaires pour la capture des effets de réseau induits par l'ensemble du système". Le risque serait alors lié à la maîtrise des effets de réseau en question car le numérique "multiplie les écritures et avec elles, les possibilités d'usurpation, de falsification, d'occultation, de déphasage de la preuve, bref, d'aléa dans la réalisation des contrats (...). La dématérialisation numérique fluidifie les transactions mais en accroit inévitablement les risques." D'autre part l'immatériel pose "de façon renouvelée le rapport au réel de l'industrie, autrement dit la représentation de ses lieux, de ses tâches, de ses procédés, de ses produits, de son utilité, de ses buts." Le cas de la gestion des risques de la contrefaçon et de l'impact d'Internet sur le monde réel vient confirmer ce point de vue. Autre effet d'Internet : sa capacité à créer aussi "du bruit, des distorsions, de la rumeur, toutes externalités négatives renforçant l'utilité de la labellisation." Une bonne gestion du risque consisterait alors à "reconstituer et valoriser, dans l'écriture numérique, grâce aux marques éditoriales, le protocole de collecte, d'autorisation, de mise en forme signifiante et de labellisation des faits d'actualité." Ainsi qu'à "vendre de l'expérience signifiante, incarnée ou non dans un objet", activité certes risquée, mais qui selon Bomsel peut se révéler très rentable notamment en mutualisant les risques et en prenant en compte l'importance d'une bonne signalisation sur Internet.
Enfin Bomsel considère que les outils de propriété intellectuelle demeurent des outils fondamentaux dans un tel contexte : la protection du droit d'auteur serait d'autant plus nécessaire que les marques et le droit d'auteur seraient plus menacés par la numérisation que le brevet. Olivier Bomsel tient sur ce point une vision stimulante et à contre-courant de nombreux discours libertaires liés à Internet.
L'économie immatérielle, Industries et marchés d'expériences d'Olivier Bomsel, Gallimard, 282 p., 18, 90 euros

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